Super Nanny : “Mort” de Cathy Sarrai “Maman nous a demandé de ne pas pleurer”, a évoqué son fils.

Cette autodidacte était fière d’appartenir à «une dynastie de femmes fortes»

Surprenante Cathy. Le public connaissait la Mary Poppins blonde aux manières de grande bourgeoise, si drôle avec ses airs de majordome flegmatique et ses phrases cultes, prononcées le doigt levé, dans un léger accent oriental: «Ecoute-moi bien, jeune fille» ou «on n’achète pas des enfants avec de la ratatouille!» Sœur Sourire déguisée en mère supérieure. Mais nombreux sont les Français qui ont découvert son histoire après son décès. Partie de rien, cette autodidacte était fière d’appartenir à «une dynastie de femmes fortes», comme elle l’écrit dans son autobiographie («Cathy, une vie hors du commun», M6 éditions). Son arrière-grand-mère Fatima, une paysanne centenaire, qui «mène sa vie comme elle l’entend»; sa grand-mère Mima, mariée à 10 ans, maman à 14; et sa mère, qui a tenu tête à son médecin pour qu’il lui ligature les trompes après huit enfants, «à une époque où la pilule faisait à peine son apparition en Europe…» De ces femmes volontaires, Super Nanny est l’héritière: elle a pris sa revanche sur la vie.

Super Nanny maladie

Keltoum Sarrai est fiancée à 13 ans au fils d’une élégante passante qui l’a repérée dans la rue. Alors qu’elle vient de «décrocher haut la main le diplôme d’études secondaires, habituellement réservé aux garçons», elle se retrouve pendant trois ans nounou de ses sept frères et sœurs, pour «parfaire son éducation de maîtresse de maison». Le 20 septembre 1979, cinq jours avant ses 17 ans, la très jeune mariée s’envole vers Paris. Triste eldorado, où elle mène une vie de recluse, sous la coupe de sa belle-mère. Mais, discrètement, elle gagne une parcelle d’autonomie en s’inscrivant à la Caisse d’allocations familiales, avec l’aide d’une «charmante vieille dame» rencontrée dans un square. Répudié, le jeune couple se réfugie dans un minuscule hôtel. Keltoum apprend le français en regardant la télévision et demande à ses employeurs de corriger ses fautes. Cantinière dans une école maternelle, elle grimpe les échelons sans formation, comme sa mère, de femme de ménage à éducatrice dans un foyer de jeunes délinquants.

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Elle est déjà une wonder woman en uniforme: en trouvant les mots justes, elle sauve un garçon de 11 ans qui s’apprêtait à se jeter du toit:

« C’est toi qui a volé le passe pour monter là-haut? lui demande-t-elle.
– Oui.
– Donne-le moi, je te couvrirai, je dirai que je l’ai trouvé sous un lit.
– Tu ferais ça?
– Bien sûr.»
Il est redescendu.

Super Nanny était fière de ses enfants

Des «journalistes célèbres», enchantés de leur nurse, lui offrent de quoi passer le Bafa et un CAP petite enfance, qu’elle obtient avec mention. Aujourd’hui, son dossier totalise des dizaines de lettres de comtesses et d’autres représentants de familles aristocratiques qui disent toutes la même chose: «Cathy est parfaite, je la recommande en tout point.» «Elle s’est occupée admirablement du nouveau-né, tant pour la gestion des biberons que pour l’éveil, alliant douceur et fermeté. Elle a pris soin de la sœur aînée avec beaucoup d’intelligence, et s’est révélée vis-à-vis de nous d’une courtoisie parfaite. Les liens qui se sont tissés entre nous sont devenus une amitié profonde.» «Sensible, de bon conseil, grand soutien médical et moral…» Et enfin, victoire suprême: «Elle est d’une grande éducation.»

Super Nanny

Elle n’était pas actrice de télé, juste nurse. «Elle a hésité avant de nous dire oui, se souvient Bibiane Godfroid, parce qu’elle se demandait comment elle allait l’annoncer aux petits dont elle s’occupait alors.» Grâce à ses cachets, «elle a pu gâter les siens. J’ai bien conscience d’avoir changé la vie de cette femme, c’est pourquoi j’ai tenu à être présente aux funérailles.» Super Nanny était fière de ses enfants, «beaux et sérieux»: Eptissem, l’aînée, qu’elle a eue à 18 ans, Najoua, et Hamadi, le cadet, qui vivait avec elle dans l’ouest parisien, près des deux sœurs. «Elle n’a pas changé, confie-t-il à la télévision tunisienne. Elle était entière.»

Récemment divorcée de son mari auquel elle s’était sincèrement attachée au fil des ans, elle a écrit les dernières lignes de sa vie avec passion. Grande amoureuse, elle aimait faire la fête «dans les boîtes arabes, raconte Aouatef, et se fichait du regard des autres». «Dans la vie, écrit-elle dans ses mémoires, on m’a toujours imposé le début des choses, la première lettre du paragraphe. A partir de là, j’ai toujours trouvé ma voie, pris des chemins de traverse, et je ne le regrette pas une seconde!»

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