Super Nanny : “Mort” de Cathy Sarrai “Maman nous a demandé de ne pas pleurer”, a évoqué son fils.

Cathy Sarrai était devenue une légende de la télévision. Une première fois, elle avait vaincu le cancer. Mais la « sale maladie » est revenue. Et malgré son combat, le destin a foudroyé cette femme hors du commun

«Tu fais quoi, là?» Au bout du fil, Super Nanny a l’air de prendre des nouvelles, comme d’habitude. C’est l’été, le mois d’août 2009. Son amie et coiffeuse Aouatef est en train de préparer un repas pour rompre le jeûne du Ramadan. Elle cale le téléphone contre son oreille. «Je fais la cuisine.» «Quand tu as fini, viens me voir, je suis à l’hôpital. J’ai la sale maladie.» «J’ai tout arrêté, raconte Aouatef, et j’ai foncé… De nombreux organes étaient touchés. Elle avait 80% de chance de s’en sortir. Elle trouvait ça énorme, et était pleine d’espoir. Mais 20% de chance de mourir, c’est beaucoup…»

Super Nanny cancer

Malade, Super Nanny… Sur ce lit d’hôpital, se bat une star cathodique qui fascine toutes les générations, un amour de femme qui a voué sa vie à l’éducation des enfants et de leurs parents. Elle ne lâche rien: la nounou chevronnée croit en son destin, déjà extraordinaire. Une baronne qui lui apprend ce qu’est un «miroir» dans le parc d’un château – un étang dans lequel se reflète en entier le bâtiment-; une chanteuse célèbre qui, nue, lui ouvre la porte, et sniffe un rail de coke, enceinte ; un prince levantin qui vit entouré de «nounous» mannequins dans une demeure perdue dans le centre de la France et tombe amoureux d’elle… Sur son chemin, Cathy Sarraï a croisé des personnages de roman, entre Agatha Christie et « Eyes Wide Shut ». L’heure de mettre le mot «fin» en bas de la page n’est pas venue, elle en est sûre.

Une semaine avant sa mort, elle disait à l’équipe de «Super Nanny» qu’elle allait partir aux îles Fidji. Avec son amie Aouatef, elle avait prévu de s’envoler direction Istanbul pour une semaine de shopping et de sorties endiablées, comme elle les aimait, dans la douceur du printemps.

super nanny cathy sarrai

Aujourd’hui, elle repose dans sa terre natale, Tunis, auprès de sa mère, partie comme elle beaucoup trop tôt, à 54 ans, emportée par un cancer du sein. Cathy Keltoum de son vrai nom, qu’elle adorait n’avait que 47 ans. Cancer des poumons. Une récidive du crabe, dix ans après une première alerte.

«Quand on a dû suspendre le tournage de “Super Nanny”, à l’automne dernier, se souvient Bibiane Godfroid, directrice des programmes chez M6, elle trouvait toujours des excuses pour expliquer son absence. Elle faisait tout pour qu’on ne sache rien.» Commencent la chimiothérapie et les allers-retours à l’hôpital de Saint-Cloud. Mais le traitement ne prend pas. En décembre, son état se dégrade. Alors seulement, elle commence à accepter de parler d’enterrement. Personne n’avait imaginé qu’elle s’en irait si vite. Son agent, Amir Zogib, installé en Suisse, avait prévu de venir la semaine suivante. Cinq jours avant de s’éteindre, elle lui avait dit qu’elle reprenait le dessus, et qu’elle se réjouissait de déjeuner avec lui à Paris.

Super Nanny décès

Mercredi 20 janvier, dans les minutes qui suivent l’annonce du drame, des milliers de fans de toute l’Europe et du Maghreb se constituent en groupe sur Facebook et Twitter. Les jeunes mamans partagent leur tristesse: «C’est comme si on la connaissait: par le biais de ses conseils, on la faisait entrer dans notre vie…» «J’aurai toujours une pensée pour elle quand je dirai à Elynn son célèbre “1,2,3…” pour me faire obéir.» Elodie Bardot, 10 ans, chez qui Super Nanny a tourné un de ses derniers épisodes, en juillet, a encore du mal à croire que sa nounou de choc n’est plus. «Elle m’a appris le respect», rappelle-t-elle de sa petite voix.

De l’autre côté de la Méditerranée, «les enfants la pleurent», nous raconte Faiza, célèbre chanteuse tunisienne, proche de Keltoum. «L’émotion est immense, ici, comme en France. Elle était très populaire dans son pays, avec son programme sur Hannibal TV. Quand j’étais de passage à Paris, je pouvais compter sur elle, pour n’importe quoi, n’importe quand. Elle était si courageuse… Au téléphone, elle me disait: “Inch’Allah, je vais m’en sortir!”.»

Jeudi 21 janvier, l’agent de Cathy saute dans le premier avion pour rallier Tunis, via l’Italie, et être à temps aux funérailles. Dans la matinée, les policiers contiennent la foule devant le cimetière Sidi-Salah du Bardo. Le clan soudé de Keltoum n’a pas donné d’heure précise, pour éviter la marée humaine. Il arrive aux alentours de 15 heures. La cérémonie est sobre et digne. Parmi les hommes en deuil, des représentants de l’Etat. Parce qu’elle était une figure nationale, mais aussi parce qu’elle s’est occupée du fils unique du président, Mohamed Zine el-Abidine Ben Ali, né le 20 février 2005.

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