L’humoriste Jean-Yves Lafesse est décédé à l’âge de 64 ans

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Célèbre pour ses farces téléphoniques et ses gags sur les passants dans la rue, Jean-Yves Lafesse est décédé le jeudi 22 juillet 2021.

Triste nouvelle pour tous les fans de Jean-Yves Lafesse. L’humoriste et acteur français est décédé à l’âge de 64 ans le jeudi 22 juillet 2021 à Vannes, où il vivait depuis quelques mois, a annoncé vendredi sa famille à l’AFP.

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Le roi des canulars et des caméras cachées

Après avoir fait ses débuts comme animateur radio, le Breton né à Pontivy (Morbihan) s’était fait connaître pour ses nombreux canulars téléphoniques ainsi que ses gags avec des passants dans la rue en caméra cachée.

Auteur de plus de 2 000 canulars téléphoniques, il a commencé sa carrière d’animateur radio sur Carbone 14 en 1981, puis sur Radio Nova en 1984. Il s’est ensuite produit sur de nombreuses radios et télévisions, comme Europe 1, Canal +, France 2, TF1, France 3, M6 et Paris Première.

Apparitions au cinéma et à la télévision

En 2015, après une tournée suite à son premier spectacle “Détraqué”, il crée le personnage de Germaine Ledoux dans sa farce “Jean-Yves Lafesse VS Germaine Ledoux : le combat”, qu’il joue au Théâtre des Deux Ânes à Paris.

En tant qu’acteur, Jean-Yves Lafesse est apparu dans plusieurs téléfilms, dont La Guerre des ondes, en 2014, ou comme la voix d’Adrien Dubouchon dans les nouveaux épisodes de Tom-Tom et Nana, mais aussi au cinéma avec, entre autres, un rôle dans la comédie romantique L’Arnacœur en 2010, aux côtés de Romain Duris et Vanessa Paradis.

Jean Yves Lafesse

Quand Jean Yves Lafesse nous parlait de son amour inconditionnel pour le football

Le grand Jean-Yves Lafesse nous a quittés à l’âge de 64 ans. En 2016, il nous avait accordé une interview 100% football. Nous y apprenions notamment que le choix de son nom de scène était étroitement lié au football.

Bonjour Jean-Yves. Tout d’abord, j’ai entendu dire que vous étiez un vrai fan de football.

En Bretagne, on naît sur un vélo avec un ballon au pied. Moi, je suis fan de foot depuis que je suis petit, évidemment. Je regarde cinq ou six matchs par semaine. Les matchs du dimanche soir, les matchs de l’Atlético, les Clásicos, le Bayern avec mes fils. L’un d’eux veut être le futur Neuer du Bayern et l’autre le futur Griezmann. Ils ont huit et dix ans et ils jouent déjà au football à Paris. (Il se tourne vers ses enfants.) Est-ce que tu veux toujours être le gardien de but du Bayern ? A huit ans, il veut jouer soit au Bayern, soit à Rennes. A dix ans, il veut être attaquant à l’Atlético, à la Juve ou à Rennes…

Pourquoi Rennes, alors ? Vous les avez emmenés au stade ?

Non, mais ils aiment Gourcuff. Je les ai nourris en regardant les matchs où Yoann jouait. Sans blague, quand tu le voyais en forme, que ce soit à Bordeaux, à Lyon au début, en équipe de France, c’était un joueur qui avait de la classe. Et puis il a dédicacé son maillot à mon fils après le match contre le Dinamo Zagreb où ils ont gagné 7-1. On voit très vite que c’est un gars timide, introverti, mais il a une étincelle dans l’œil, il aime bien rigoler, il a deux casquettes.

Quel genre de joueur étiez-vous ?

J’ai joué pour le Stade Pontivyen jusqu’à l’âge de seize ans, puis j’ai arrêté quand je suis parti en Afrique. J’étais arrière droit. A l’époque, on nous déconseillait de monter. Il n’y avait pas le concept de l’arrière latéral qui était si offensif. Nous devions être prêts à aller à l’impact pour bloquer l’ailier gauche, qui était cantonné à la défense. C’était très primitif.

Est-il vrai que votre surnom vient du fait que vous avez marqué le seul but de votre carrière avec vos fesses ?
Oui, Lafesse, cela vient d’un but que j’ai marqué. Sur un corner, je suis monté et j’ai marqué le but de la victoire (1-0) contre Plouay ou Plouray, je ne sais plus… J’ai perdu la balle à la volée, complètement. C’est un geste magnifique, le grand écart en extension et tout. Mais la balle frappe ma fesse gauche. Et le but…

jean yves lafess le plombier

C’étaient de grands moments, ces années à taper dans le ballon dans les stades du Morbihan ?

Ce que j’aimais, c’était les voyages. Monter dans le bus avec toute l’équipe avec nos sacs Adidas, nos chaussures à trois bandes au cuir épais. On ne sentait pas quand quelqu’un nous marchait dessus. J’aimais jouer dans le froid. Quand tu es arrière droit, ce qui est drôle, c’est que tu vois le milieu de terrain, les attaquants et l’équipe d’en face avec cette vapeur, cette fumée qui sort de tes narines. Et puis le matin en hiver, à part les cris des parents, tu n’entends que le bruit du ballon. Je n’ai entendu ce bruit qu’une seule fois, je crois que c’était lors d’un match Matra Racing-PSG avec Francescoli. Dès qu’il a mis le pied sur le ballon, il y a eu ce silence incroyable dans le stade. Nous attendions qu’il fasse quelque chose et nous pouvions entendre le bruit du ballon. Francescoli avec le ballon à ses pieds, c’était magique, nous attendions l’aigle. Nous avions ce même son en hiver, le matin. C’est ce que j’aimais dans le football, et le collectif aussi.

Quelle(s) équipe(s) supportez-vous ?

J’aime les cinq équipes bretonnes et le PSG, mais honnêtement, j’aime tous les joueurs. J’aime le jeu. J’ai aimé les grands moments du PSG quand ils jouaient très collectivement. Dès qu’une équipe joue ensemble, elle gagne de toute façon. On l’a vu avec Montpellier en 2011 quand ils étaient champions. Ce n’est pas compliqué.

En parlant de collectif, parlons de Lorient, puisque vous avez grandi à une cinquantaine de kilomètres de là. Pendant longtemps, c’était quand même amusant de les voir jouer.
Qu’est-ce qui a fait que Lorient s’est maintenu entre la septième et la dixième place pendant plusieurs années (entre 2008 et 2014, Lorient a terminé 7e une fois, 8e deux fois et 10e une fois, ndlr) ? Ce ne sont pas les moyens, ce ne sont pas les joueurs, même si on avait de bons joueurs comme Gameiro, Lemina, Amalfitano, c’est le fait qu’on avait un putain de collectif, une philosophie de jeu qui était scrupuleusement appliquée. Ça jouait, les plans de jeu changeaient en cours de match, et c’est ce qui faisait que Lorient était capable de tenir tête aux meilleures équipes de Ligue 1.

Vous connaissez personnellement Christian Gourcuff, qui était le gourou de cette équipe de Lorient.

Je l’ai rencontré quatre ou cinq fois. Nous avons dîné ensemble une fois. A chaque fois, je lui ai dit que j’aimais sa philosophie de jeu. J’aimais beaucoup le Lorient de l’époque. Je ne suis pas rentré dans les détails du football, car j’ai tout de suite senti qu’il allait s’ennuyer. Il a tellement donné au football qu’il attendait autre chose, je crois, des gens qu’il rencontrait. Ce qu’il aimait, c’est que je lui raconte un tas de conneries.

Avez-vous rencontré beaucoup de footballeurs ?

Non, mais j’ai eu la chance de fumer une cigarette à côté de Johan Cruyff au Stade de France et de me faire dédicacer L’Équipe. Je crois que c’était la finale de la Ligue des champions entre le Real Madrid et Valence. Je lui ai demandé du feu et il m’en a donné, j’ai à peine eu le temps de dire “Tu es mon dieu”, puis il a tiré une bouffée, a souri, s’est retourné et m’a tourné le dos. Tout le monde lui dit ça, vous pouvez imaginer…

Vous alliez souvent dans les stades pour assister aux matchs ?

Je suis allé plusieurs fois au Moustoir et beaucoup au Parc. J’étais là quand ils ont gagné ce fameux match contre le Real avec la tête de Kombouaré. On parle toujours des foules de Nantes, Lens et Saint-Etienne, mais le public parisien de l’époque avait quelque chose de spécial. En Coupe d’Europe, il était fort. Enorme. Quand les tribunes montaient autant parce que ça jouait, c’est ça qui était beau.

On se sent un peu nostalgique du football d’antan…

J’ai eu la chance de voir des matchs en direct à la télévision comme Angleterre-Allemagne en 1966, j’avais treize ans, et le boulet de canon de Carlos Alberto sur une passe de Pelé contre l’Italie. On a quand même vu de grandes équipes, la Hollande, l’Ajax, Saint-Etienne… Mon plus grand traumatisme a été Schumacher. Je me suis reculé de deux mètres, j’ai quitté la pièce pour ne pas voir l’état de Battiston et je suis revenu sur la pointe des pieds pour voir s’il avait réussi. On pensait tous qu’il était mort. Quelle horreur, ça m’a bouleversé. J’aime beaucoup les joueurs de football. Je sais que c’est un travail très, très difficile. On les fait passer pour des abrutis, ils sont surpayés, c’est insupportable. Quand on sait les sacrifices qu’il faut faire pour en arriver là, on n’a pas le droit de se moquer d’eux, c’est trop facile et c’est dégueulasse. Quand je vois des gens casser des footballeurs, je ne peux m’empêcher de citer Camus qui disait : “Ce que je sais de la morale, je le dois au football”.